Pourquoi Nuit debout m’a enthousiasmée

 

nuit debout

 

Ne voulant préjuger de rien avant d’avoir vu de mes propres yeux, j’ai préféré me rendre sur place pour voir de quoi Nuit debout retournait. Et je n’ai pas été déçue. J’essaye, dans un premier temps, de mettre des mots sur ce qui m’a enthousiasmée. Un autre post suivra avec les points négatifs.

 

Nuit debout est un mouvement populaire. Je tiens à ce couple de mot. Tout d’abord, Nuit debout est un mouvement. Déjà, que des gens se réunissent, spontanément, de plus en plus nombreux, en de plus en plus d’endroits, c’est une source de joie. Trop longtemps, nous avons laissé les dirigeants décider à notre place, sans nous écouter. Ils nous ont bâillonnés et pendant de très, de trop nombreuses années, nous n’avons rien dit. Et avec Nuit debout, nous prenons la parole. Nous la revendiquons et nous sommes déterminés à ne pas abandonner le combat. Nous voulons la fin de la loi El Khomri en premier lieu, mais nous refusons de nous arrêter à ça. Nous voulons plus. Notre mouvement est un mouvement d’élévation : ce sont nos voix qui montent, nos cris qui s’élèvent, notre colère trop longtemps contenue qui s’exprime. Nous sommes le NON. Le « ça suffit ». STOP. Et rien que ce refus est magnifique. Car on ne l’attendait plus.

 

Ensuite, nous sommes populaires. Peu importe ce qu’en disent les commentateurs méprisants, et parmi ces derniers un nombre important de gens qui n’ont même pas daigné se déplacer pour venir voir le réel de leurs propres yeux. Nuit debout, c’est le peuple dehors, en colère, décidé. Il y a des jeunes et des plus vieux, des hommes et des femmes, des riches et des pauvres, des hippies, des marginaux, des bobos, des Noirs, des Blancs, des Arabes, des sans-abri, des homosexuels et des bisexuels. Il manque certainement des travailleurs. Ceux-là étaient présents lors des manifestations contre la loi El Khomri, ils défilaient derrière FO, Solidaires, CGT, CNT, etc. Ils sont mobilisés. S’ils sont peu ou s’ils sont moins là, à Nuit debout, il faut leur donner envie de venir, leur montrer qu’on a les mêmes priorités. Certains ne peuvent tout simplement pas venir pour raisons personnelles : contraintes de travail, d’horaires, de famille… On ne peut pas leur jeter la pierre. Mais nos discours doivent être audibles pour eux. Ils doivent se sentir représentés sur la place de la République, et sur toutes les Nuit debout de France, car nous sommes des centaines, des milliers, à avoir conscience de leurs problèmes. Et à vouloir les régler. J’ai aussi entendu dire que les gens venant des banlieues, comme on dit, étaient sous-représentés. Je ne veux pas penser par quotas. Ces populations doivent, tout comme les travailleurs, se sentir représentées. Leurs combats sont les nôtres et les banlieues nous rejoindront quand elles le voudront, si elles le veulent. Je n’estime pas qu’ils ONT à être là, que c’est une obligation. Nuit debout est un espace de liberté : chacun décide de venir, de parler, d’écouter, de prendre part. Notre combat est commun et doit agglomérer le plus grand nombre d’opprimés possible. Il ne s’agit pas de multiplier les combats, les luttes, pour chacun son pré carré. Il faut agir de concert. Quand on aura prouvé que Nuit debout peut se donner les moyens de parler pour tous, que personne ne se sente oublié, alors les gens viendront d’eux-mêmes. Naturellement. Aujourd’hui, dans tous les cas, Nuit debout est composé de centaines, de milliers de gens (selon les heures). C’est un ensemble disparate qu’on appelle peuple. Les commentateurs les plus médisants ne doivent pas nous essentialiser : nous ne sommes pas des bobos, des punks ou des anars. Nous ne sommes pas des jeunes, des casseurs, des communistes ou des drogués. Nous sommes une fraction du peuple, qui veut et doit s’élargir. Le peuple ne se choisit pas à la carte : nos différences seront nos forces en ce que nous réussirons à les surmonter et à discuter. Car à l’heure de la démocratie réelle et directe, l’écoute des uns et des autres sera notre plus grande force. Notre époque, confinant à l’individualisme, ne sait plus écouter. Nous devons réapprendre à le faire. Nuit debout a, dès les premiers jours, pris cette direction. Qui mène droit à la sagesse.

 
Nuit debout est un forum. Car s’il s’agit avant tout d’écouter, il s’agit aussi de s’exprimer, d’enfin récupérer la parole si longtemps confisquée. Et c’est un exercice vraiment difficile, car nous n’y avons jamais été habitués. Pour se réapproprier notre res publica, notre chose publique, qu’elle prenne d’ailleurs la forme d’une république ou non par la suite, il nous faudra apprendre ce que Nuit debout essaie de créer : du débat. Un débat libre, où chacun peut parler, car il ne s’agit plus d’exclure quiconque. Nous ne serons jamais d’accord : tant mieux ! Le conflit, les retranchements, les arguments : tout cela aide à penser, à former sa pensée, à revenir sur ce qu’on croyait acquis, à remettre en question, à soupeser, à faire des choix. Nuit debout se veut un espace de dialogue libre et c’est une excellente chose : ça faisait si longtemps qu’on ne pouvait plus s’exprimer librement. Pour l’instant, c’est encore un joyeux bazar, mais comment pouvait-il en être autrement ? Nous n’avons jamais été habitués à parler et nous écouter, alors chacun y va de ce qu’il estime digne d’intérêt, chacun essayer d’amener l’autre, tous les autres, à considérer tel pan du problème, tel angle qui nous aurait échappé. Les questions se multiplient et c’est ce qui est bon : trop longtemps, nous avons laissé les autres penser à notre place. Le chemin sera long et périlleux. Nous allons nous engueuler, nous détester, mais tout ceci concourt à l’intérêt général. Mais nos forums ne doivent pas être le lieu où l’emporte l’opinion majoritaire, en tout cas, pas à chaque fois. Parfois, il nous faudra voter : pour les grandes lignes directrices, pour nous donner des cadres dans lesquels agir, pour nous donner des priorités. Alors il faudra que la majorité s’exprime et que des décisions soient adoptées et qu’on ne revienne plus dessus. Elles seront les jalons de nos réflexions futures. Elles poseront un cadre démocratique indéboulonnable. Mais parfois, il nous faudra rester en désaccord, et admettre qu’on ne peut pas trancher, que les avis s’opposent trop et qu’on ne peut soumettre personne.  Nuit debout, pour ce que j’en ai vu, donne pour l’instant la parole à qui la veut. Dans le respect, ce qui n’est déjà pas une mince affaire.

 

Nuit debout est un espoir. Notre pays compte parmi les plus grands consommateurs d’anxiolytiques.  On n’ose plus faire de projets pour l’avenir, certains sont largement oppressés par les factures qui s’accumulent, qui empêchent de voir un futur plus joyeux. Ils sont soumis à l’urgence du manque d’argent, celui qui empêche de dormir le soir, lorsqu’on prie pour que le virement arrive avant que tel ou tel chèque soit encaissé. Certains ne vivent plus, survivent à peine. N’osent pas envisager le futur de leurs gosses. Ceux-là ne s’autorisent plus le rêve. Avant Nuit debout, cela faisait si longtemps qu’on n’avait pas eu l’ombre d’un espoir, persuadé qu’on était que tout irait de mal en pis et que le mieux encore à faire, c’était d’attendre et de prier pour être un peu plus épargné que le voisin. Aujourd’hui, avec Nuit debout, un espoir est né. Il ne s’agit pas de s’illusionner, de penser que la solution est là, que tout est réglé. Nous sommes si loin de ça ! Mais il s’agit de comprendre que pour la première fois pour ma génération, un espoir de vivre mieux, plus décemment, moins chichement, avec plus d’égalité, est permis. Un espoir de renverser l’ordre établi existe enfin. Qui pouvait encore se prévaloir de nous donner l’espoir ? Les politiciens ? Les élus ? Les partis ? Personne n’y arrivait ! Personne ne nous faisait miroiter un coin de ciel bleu ! Nuit debout a ravivé une flamme qu’on croyait éteinte à jamais. A nous d’entretenir les quelques étincelles du mouvement. Un feu, ça s’entretient, ça demande du travail. C’est notre responsabilité. Nuit debout marque un changement de taille : après la négation pure et simple de notre avis par nos dirigeants – le dernier et plus fameux exemple que nous ayons en tête est le TCE, refusé par le peuple par référendum en 2005, adopté par nos parlementaires en 2007 – il s’agit aujourd’hui de se réapproprier notre droit le plus strict : notre souveraineté. Notre pouvoir de décision. Le peuple est souverain : il ne demandera à personne le droit de former une nouvelle constituante, le droit d’écrire une nouvelle constitution, le droit de renverser l’ordre établi, de renverser la table où les dés sont pipés, comme dirait Bernanos. Nuit debout doit être le début de cette prise de conscience : nous ne transformerons pas la France unilatéralement, à 3000 ou à 10 000, mais nous insufflerons cette volonté de changement à toute la société française. Le ras-le-bol est général : les résultats des élections nous le prouvent régulièrement ! Les votes extrémistes augmentent, l’abstention est très importante ! Mais Nuit debout prouve que le ras-le-bol des Français n’est pas un je-m’en-foutisme ! C’est un écœurement général de toutes les couleuvres qu’on nous a fait avaler. Mais c’est surtout une envie d’en découdre qui explose au grand jour.

Publicités