Le magazine Flair garde l’argent d’une campagne contre le viol

Le magazine féminin belge Flair a avoué avoir conservé l’argent récolté lors d’une campagne de pub, dédiée à la lutte contre le viol. La raison invoquée ? Une opération trop onéreuse qui, au final, aurait coûté beaucoup plus qu’elle n’aurait rapporté. 

Flair en aurait-il manqué ? C’est le moins qu’on puisse dire au vu des dernières aventures de cet hebdomadaire belge.Tel qu’il se décrit, « Flair est un magazine belge destiné aux jeunes femmes. Flair surprend chaque semaine ses lectrices avec des conseils. » Ou avec des arnaques. C’est ce que révélait samedi le quotidien De Morgen (attention, l’article est en néerlandais) : le féminin belge a mis en place, dans le cadre de la journée de la Femme, un numéro spécial à un euro de plus destiné à lutter contre le viol. Le pack comprenait donc le magazine, où étaient regroupés des témoignages de victimes, un sifflet ainsi qu’un clip de dix secondes à télécharger. Une opération qui en a séduit plus d’un(e), quelques célébrités flamandes en tête dont Koen Wauters ou Ann Van Elsen. L’argent récolté devant, évidemment, être reversé aux associations consacré à la lutte contre le viol. Seul bémol, et de taille : ces organisations n’ont jamais reçu le moindre centime.

Flair avait pourtant multiplié les supports publicitaires pour cette campagne : un spot TV, un spot radio, une annonce sur le magazine, une autre sur le site internet, une campagne par envoi de sms…

flair

Capture d’écran de la campagne de promotion

Assurant, sur le site, que « l’argent des sifflets vendus sera intégralement reversé aux associations qui luttent contre le viol. » Parmi les associations lésées, l’une d’elles a donc fait appel au Jury d’éthique publicitaire, un organe d’autodiscipline de la publicité en Belgique chargé d’examiner la conformité des messages publicitaires diffusés dans les médias avec les règles de l’éthique publicitaire.

Le magazine a bien tenté de se défendre, arguant d’abord que l’action avait été déficitaire. Selon un porte-parole du groupe Sanoma, qui édite le magazine, la campagne de publicité et la production de l’action ont coûté trop cher. « Les frais pour les sifflets et la campagne étaient trop élevés. Il ne restait plus d’argent pour les associations. » Selon Flair, le coût total de l’opération était d’environ 100 000 euros, dont seuls 14 000 ont été couverts par la vente des sifflets. Flair s’est ensuite réfugié derrière l’attention dont ont joui, grâce à l’action, la problématique du viol en général et les associations en particulier, regrettant en même temps ne pas avoir pu leur verser d’argent et demandant à ce qu’on tienne compte de leurs bonnes intentions.

Le jury, inflexible, a cependant estimé dans un arrêt en date du 6 août 2014 que le consommateur avait pu être trompé, que sa confiance avait pu être abusée. Il a donc été demandé à l’annonceur de « modifier la publicité pour le futur, et à défaut, de ne plus la diffuser ». Et donc, désormais, toute recherche de ladite publicité sur le site de Flair aboutit à … une page d’erreur.

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Le magazine a tenu à publier un communiqué d’excuses, en date du 2 septembre, où Martine Wauters, de l’équipe de Sanoma, l’éditeur de Flair, explique, plutôt maladroitement que l’opération de communication a été mal menée. « Malheureusement, l’action a connu un résultat financier négatif. Nous avons mal communiqué à ce sujet, ce qui a donné l’impression d’une publicité mensongère. Plus grave encore, cela a laissé supposer que nous refusions de verser les revenus de cette action. » Avant d’ajouter que, tout de même, l’hebdomadaire va tenter de réparer sa faute en reversant la somme récoltée aux organisations concernées : « Sanoma a décidé de verser 15 000 euros aux associations (l’équivalent de 1 euro par Flair vendu avec sifflet lors de la campagne de mars 2014 ». Une solution qui devrait mettre tout le monde d’accord, la rédactrice en chef de l’hebdo en tête. Contactée par mail, cette dernière confiait le 3 septembre : « comme la rédaction, je trouve toute cette affaire terriblement difficile évidemment et nous en souffrons beaucoup. Avec la réponse apportée par Sanoma, notre volonté est que les choses s’apaisent enfin. » Avant de préciser qu’ils restaient, bien évidemment, très mobilisés sur le sujet, notamment dans le cadre de la journée de la femme (le 11 novembre) et qu’ils continueront de « mettre l’accent sur la rupture des tabous autour de la violence contre les femmes.» Espérons pour eux que ça suffise aux lectrices.

 

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